Comment "lire" une église

 
























(Cliquer sur l'image pour accéder à la page concernant l'édifice)



 

Amiens                                                                                                    Bourges


Vous voici devant la cathédrale que vous allez découvrir. Votre regard parcourt la majestueuse façade de la base des portails jusqu’au sommet des tours qui s’allongent jusqu’au firmament. A l’inverse de la perspective objective, les tours vous paraissent plus imposantes que le socle de l’édifice. Illusion d’optique ou mirage fruit de l’émotion ?


 

Amiens                                                                               Saint Martin-aux-Bois


Vous franchissez le portail, l’immensité du volume intérieur élève irrésistiblement vos yeux vers le haut comme si vous interrogiez le ciel.


Puis vous baissez votre regard pour embrasser la perspective. Comme au sortir de l’obscurité, une multitude de détails désordonnés se précisent peu à peu : des enfilades d’arcades et de colonnes, des chapiteaux finement sculptés et bizarrement étagés pour soutenir des arcs jaillissant vers un ciel recouvert de pierres qui semblent en lévitation, des galeries suspendues dont on ne comprend pas la raison, des fenêtres sans jour, des rosaces étincelantes, et bien d'autres détails encore.


 

Noyon                                                                                                     Soisson


N’est-ce que fantaisie architecturale, décor esthétique ? Et bien non, car chacun des éléments que vous percevez assure une fonction précise et leurs associations complémentaires confère à l’édifice la stabilité robuste qui lui permet de résister aux assauts du temps depuis des siècles.


Je vous propose de vous accompagner dans la découverte de cet univers fabuleux de l’architecture religieuse médiévale en suivant ce chemin :


- Apprendre à lire 

- Analogie avec la lecture de l'architecture  

- Le b. a. - ba  

- Le fil conducteur pour parcourir ce site  

- Vers une phylogénèse de l’architecture religieuse médiévale 



Apprendre à lire


Pour faciliter la compréhension de l’architecture d’une église, il faut apprendre à la "décoder" pour repérer plus facilement les éléments importants, significatifs et les raisons de leur emploi. Il nous faut apprendre à "lire" l'architecture d'une l'église.


Faisons une rapide analogie, bien évidemment simpliste, avec la lecture. Pour lire un texte il faut savoir identifier les signes, les reconnaître et les nommer : c’est l’alphabet. Il faut ensuite savoir reconnaître les mots et connaître leur significations : c’est la lexicographie plus communément appelée vocabulaire. N‘importe quelle combinaison de caractères ne donne pas forcément un mot qui a du sens. Enfin il faut savoir reconnaître comment les mots se combinent entre eux dans une phrase : c’est la grammaire. L’alphabet, le vocabulaire et la grammaire permettent d’écrire des phrases. Une syntaxe correcte ne suffit pas pour donner du sens à une phrase. C’est grâce à la connaissance et au savoir que l’on écrit des phrases dites sémantiques qui ont un sens et peuvent être comprises.


Notre sensibilité personnelle éveille nos émotions à la lecture du texte. Tout l’art de l’auteur est de susciter l’émotion par la sagesse, l'audace et la pertinence de son écriture.



Analogie avec la lecture de l’architecture


L’alphabet ce sont les pierres taillées selon leur fonction, leur emploi, leur destination : pierre de grand appareil ou de petit appareil, voussoir, clé de voûte, claveau, etc.


Les mots ce sont les membres de l’architecture : l’arcade, la pile, le chapiteau, la colonne, l’ogive, la culée, le contrefort, etc.


La grammaire ce sont les règles de la statique qui permettent de combiner les membres de l’architecture pour construire un édifice qui tienne debout : l'équilibre des forces, la gravité, les points d'appui, la poussée, l'arc-boutement, etc.


La connaissance et les savoirs permettent de construire un édifice qui répond à un besoin et dont la stabilité est robuste.


Notre sensibilité personnelle nous permet de ressentir des émotions en pénétrant dans l’édifice. Tout l’art de l’architecte est d’avoir suscité nos émotions grâce aux audaces et à l’harmonie de l'édifice qu’il a conçu et réalisé.



Le b. a. - ba 


Voici notre guide de lecture. Une église se "lit" selon trois dimensions :


Le plan : comment est organisée la surface allouée au sol : nef unique, bas côtés, transept, etc.


L’élévation : comment les différents étages de l’édifice s’organisent : arcades, tribunes, triforium, etc. On distingue l’élévation vue de l’intérieur et l’élévation vue de l’extérieur.


Le couvrement : comment le volume délimité par les murs verticaux est couvert pour protéger les occupants : charpente apparente, voûte en berceau, voûte d’arête, voûte d’ogive, etc..   


Le plan répond à des besoins cultuels fonctionnels tout en étant limité par des contraintes économiques, cadastrales ou topologiques. La page Plan basilical roman/gothique précise les notions générales appliquées aux édifices de l’époque romane puis gothique.


Le choix du type d’élévation et de couvrement répond aux compromis acceptables entre les exigences du "maître d’ouvrage" (celui qui finance la construction) et les contraintes économiques et techniques du "maître d’œuvre" (celui qui réalise l’édifice).

Pour satisfaire les exigences du donneur d’ordre (le clergé), l’architecte (le maître maçon), l'ingénieur (l'appareilleur) et le chef du chantier (le parlier) devaient sans cesse innover et inventer dans l’art de bâtir mais aussi dans les disciplines connexes pour les perfectionner : les techniques de la géométrie descriptive (l’art du trait), les machines de levage, les techniques d’étaiement et d’échafaudage, les outils de mesure et de traçage, les moyens de transport, de chargement et de déchargement car l’activité de construction en pierre imposait le déplacement de très lourdes charges, l’organisation et la synchronisation du travail à une époque où les moyens de communication étaient rudimentaires, le papier inexistant et où la majorité des citoyens ne savaient pas lire.


Vous trouverez l'explication détaillée de chacune de ces trois dimensions (plan, élévation, couvrement) dans les pages qui leur sont consacrées, accessibles par les liens situés en haut de page à droite sous le titre GUIDE DE LECTURE.


La page Vocabulaire illustré explique quelques principaux termes techniques utilisés dans la littérature traitant de l’architecture et notamment l’architecture religieuse médiévale.


Le fil conducteur pour parcourir ce site


N’oublions pas qu’une église se regarde instinctivement du haut vers le bas, notre regard est instinctivement attiré vers le haut lorsqu'on pénètre dans un vaste édifice, mais qu'elle se construit de bas en haut.

Le couvrement conditionne dans une large mesure l’élévation car il est à l’origine des poussées horizontales et verticales qui s’exercent sur les murs. L'architecte conçoit donc une église du haut vers le bas parce que c’est le choix du couvrement qui impose les contraintes que l’élévation et la base doivent supporter. C’est grâce à la combinaisons harmonieuse et raisonnée des trois dimensions plan-élévation-couvrement que l’architecte conçoit et obtient :

-   L’équilibre de l’édifice : en quoi les dispositions adoptées permettent de résister aux contraintes imposées par les couvrements de plus en plus élevés et de plus en plus grandes portées ;
-    La luminosité de l’édifice : comment pouvoir percer des ouvertures de plus en plus grande ;
-    La solidité de l'édifice pour resister auxx assauts du temps ;
-    Les facilités de construction de l’édifice : pourquoi et comment les dispositions de l’élévation permettent d’étayer l’édifice pour assurer son équilibre durant sa construction.


Le couvrement des édifices religieux est l’élément d’architecture qui a subi tout au long du Moyen Âge les évolutions techniques les plus conséquentes et les plus visibles. C’est pourquoi le "parcours roman-gothique" que nous vous proposons suit l’évolution du couvrement depuis la charpente apparente jusqu’aux voûtes d’ogive et l’apparition des arcs boutants :



L’invention de l’arcboutant a permis de bâtir encore plus haut et plus grand en déplacant les poussées exercées par les voûtes vers l’extérieur de l’édifice afin de ne pas encombrer les surfaces utiles au sol.


Une page explique les caractéristiques de la coupole et ses limites pour construire toujours plus haut et toujours plus lumineux.

Deux pages apportent ensuite un éclairage complémentaire sur l’application des techniques précédemment exposées aux autres parties de l’édifice : le transept, le chœur et le déambulatoire.  


En suivant ce parcours Romant-Gothique vous apprendrez progressivement comment "lire" une église et deviendrez autonomes dans vos visites d’églises.

Tous les liens indiqués ci-dessus figurent dans la colonne de gauche de chacune des pages du site.


Vers une phylogénèse de l’architecture religieuse médiévale


J’ai navigué durant plusieurs années dans l’océan des édifices religieux médiévaux avec pour boussoles Eugène Viollet le Duc et Auguste Choisy et pour cartes les nombreux ouvrages d’éminents spécialistes architectes et historiens. Au fur et à mesure que j’avançais dans mon périple je ressentais l’impression d’un univers touffu, aux lignes directrices sinueuses, parfois contradictoires souvent divergentes.

Je m’étais introduit sans le savoir dans un labyrinthe dont je ne pouvais plus m’échapper.  

J’ai alors imaginé de représenter l’enchaînement des combinaisons des solutions techniques qui ont été perfectionnées pour construire toujours plus grand, toujours plus haut et toujours plus lumineux sous la forme d’un arbre phylogénétique. Charles Darwin fut un des premiers scientifiques à proposer une histoire des espèces représentée sous la forme d'un arbre schématique qui montre les relations de parenté entre des groupes d'êtres vivants. Chacun des nœuds de l'arbre représente l'ancêtre commun de ses descendants. 

Mon approche s’organise selon l’antériorité d’une solution technique par rapport à une autre indépendamment de la chronologie temporelle de leur apparition ou de leur disparition, à l’image de la phylogenèse des espèces où, par exemple, l’Homme descend du singe mais aujourd’hui il existe encore des singes, la race n’a pas disparu au profit de l’Homme. De même des espèces disparaissent parce qu’elles n’évoluent pas suffisamment ou trop lentement pour s’adapter à leur environnement qui change.

Le pari est ambitieux car il s’agit d’élaborer une phylogenèse de l’architecture religieuse médiévale permettant de mettre en évidence les voies techniques qui ont continué de progresser par rapport à celles qui avaient trouvé leurs limites.

La phylogénèse de l’architecture religieuse médiévale s’articule autour des combinaisons pertinentes du triplet plan-élévation-couvrement.



GUIDE DE

LECTURE